Éditorial de Mars 2018

Vous avez dit "froid"?

Par Simone

 

On a simplement perdu l'habitude et l'entraînement.

Gerçures ? Engelures ? Kékcékça !?

La Moselle gelée ? Connais pas...Vous voulez rire !?

 

Ma grand-mère (mémère), pourtant, me racontait que, du temps de sa jeunesse,  ils traversaient, en char-à-banc,  la Moselle, totalement gélée, et que l'un de ses oncles, toujours en char-à-ban, avait été attaqué par une meute de loups. Et n'était jamais rentré de son expédition.

 

De longs hivers durant, j 'avais souffert d'engelures : les chaussures de l'époque n'étaient pas conçues comme celles d'aujourd'hui, et le chauffage des maisons se réduisait, souvent, à une grosse cuisinière, pour chauffer juste la cuisine. Pour couper un peu le froid glacial des draps, on plaçait deux bouillottes : l'une au niveau des fesses, et une autre au niveau des pieds. Mais les engelures ne s'accommodaient guère des endroits chauds : dès que la peau, violacée, ultrasensible, percevait les ondes de chaleur, les horribles chatouillements reprenaient de plus belle, toute la nuit. La vitamine A sous la forme de Stérogyl, me fut délivrée, un jour, par un pharmacien complaisant, qui officiait, seul à son comptoir, Avenue Foch, à Metz, à l'époque, et qui me distribua ses conseils, attendri devant mon air innocent, et mes pieds tout bleus. Pas question, bien sûr, de consulter le moindre médecin, ni d'acheter ce qui n'était pas d'urgence vitale.

 

Les temps ont bien changé – du moins ici. En France. Ouais. Pas mal changé.

 

En 1956 je vécus l'hiver le plus froid de ma vie. Le thermomètre marquait – 20 °C, mais le ressenti était bien inférieur, car un vent terrible vous transperçait jusqu'à l'os. Nous venions d'emménager, en septembre, dans le chalet de Yutz, et n'avions pas pensé, dans notre inexpérience, à capitonner les portes de la cave, par lesquelles le vent remontait à l'étage et balayait le carrelage du hall et de la cuisine. A telle enseigne qu'il était devenu impossible de laver le sol, car la serpillière se collait immédiatement au carrelage, prise dans la glace. Pendant un mois entier (janvier ou février, je ne sais plus...), l'eau resta gelée dans les conduites souterraines. Nous allions chercher l'eau dans des lessiveuses, chez une voisine chanceuse, dont les conduites semblaient mieux enterrées... Je lavais le linge des petits dans ma machine à laver  non automatique (heureusement qu'elle ne l'était pas, sinon, sans branchement d'eau, cela n'eut pas marché...) Et puis je me rendais chez la voisine, laquelle, dans sa cave-buanderie, avait aménagé un rinçage du linge pour tout le quartier !

 

Notre grosse chaudière au coke, bien sûr, carburait jour et nuit : on ne l'éteignait jamais. Avec une grosse barre de fer, on fracturait le coke en fusion qui collait aux parois, et obstruait le corps de chauffe, en formant du mâchefer, celui-ci ensuite sorti, en fusion, par la porte du bas. La chaudière

Dietrich était censée chauffer les deux étages, mais là, elle accusait forfait. Je sortais les petits de leur lit pour leur petit déjeûner, et, entre temps, le pipi qui humidifiait les draps se congelait, à son tour. Heureusement, le plus grand des petits était à l'abri, chez l'une des grands-mères, la petite pas encore née, non plus ! J'avais donc juste à charge Michel, un an, et Alain, deux ans et demi. Michel était confiné dans la voiture d'enfant ou dans son parc, rembourré de plusieurs couvertures, et je plaçais Alain en hauteur, sur les marches d'escaliers, munies d'une barricade – réalisation élaborée du papa. Cet endroit, par où s'évacuait la chaleur en montant, était relativement protégé.

 

Il n'y avait à Haute-Yutz, à l'époque, pas de classe maternelle, et encore moins de crèches. Ni beaucoup d'autos en circulation pour permettre d'y amener facilement les enfants. Et à pied, par ce froid, cela n'eut d'ailleurs pas été envisageable. : Il n'y avait pas d'urgence vitale à imposer ce risque et ce supplice à des petits.

 

Naturellement, l'huile était congelée dans le buffet et le marre de café formait un bloc compact dans la cafetière.

Roger, mon mari, se rendait à l'usine, distante de 5 à 6 km, tous les jours, en mobylette. Il se capitonnait, comme tous les motocyclistes de l'époque, sous sa canadienne fourrée, de papier journal. Un jour, voulant partir faire des courses, en mobylette également, j'essayai : j'enfilai les gros gants en daim fourrés de mouton, me capitonnai de partout et fonçai...je revins quelques minutes plus tard, je n'avais pas quitté le village. Mes mains me lâchaient, totalement paralysées par le vent glacial. J'avais compris, je n'essayai plus. Je ne sais vraiment pas comment les hommes tenaient le coup pour se rendre à leur travail. Il est vrai que, physiquement, à l'époque, j'étais plutôt maigre.

Et vous avez remarqué ?!:

Phoques, otaries, baleines, ours blancs, ces animaux du froid, possèdent tous un bon gros capiton de graisse. C'est le meilleur isolant qui soit !

 

Cela reste, pour moi, un souvenir très marqué : comme le symbole de notre petitesse, et de notre impuissance, en face de la nature, souveraine. Il ne faut jamais l'oublier. Nous sommes actuellement des gâtés, avec une tendance à croire que l'homme, cet être supérieur à tous les autres, s'il le veut, commande à son destin. Ira se balader sur la lune, sur Mars, et pourquoi pas sur les lunes de Jupiter, un peu plus tard. On aime le croire, avec un petit frisson de fierté ! : quels progrès, quand même, hein !?

 

N'oublions pas : Mars ? Peut-être. Mais à 10 000 mètres, dans les abysses de nos océans, dont nous n'avons qu'une très faible idée de la faune qui peut la peupler !? Ah là, c'est autre chose...

« Aide-toi, le ciel t'aidera ». C'est sûr. Mais n'oublions pas non plus :  La chance tourne...

 

Et quand elle est là, il faut savoir la reconnaître...

 

Vous avez dit « FROID » !?

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