Editorial de Juin 2015

La philosophie ou la psychologie...i-ihhh !

Ce matin, à la caisse du supermarché du coin, je fus touchée par la grâce. Grâce à la présence alerte et même empressée d'un jeune homme fort aimable et disert, lequel emballait avec réflexion et diligence les  achats des personnes seules qui avaient eu l'idée de réaliser plus d'achats que leurs deux bras n'en pouvaient emballer.

C'était justement mon cas. J'hésitais entre placer mon poisson dans le même sachet (blanc) que la viande et la charcuterie, lorsque la caissière me proposa les services du jeune homme, dont j'avais observé le débit de paroles fort rapide lors de l'emballage des achats de la jeune dame qui me précédait. Son mari ou son copain ? Ni l'un, ni l'autre, probablement, vu que ce jeune monsieur parlait trop pour être un mari ou un copain. (Ceux-ci n'ayant plus besoin de séduire, le travail en amont ayant été déjà fait!). La jeune dame, résignée, écoutait à moitié, et pour l'autre moitié, semblait réfléchir au repas qu'elle allait préparer.

Lorsque mon tour arriva, l'emballeur – car c'en était bien un – et – s'il avait une copine – ce n'était visiblement pas la jeune dame en train de réfléchir à la préparation de son repas de midi... l'emballeur, donc, me mis au parfum : c'était pour une collecte de fond pour faire un rallye automobile dans le désert...je ne sais plus dans lequel, mais j'avais compris qu'il y avait là beaucoup de sable, et un soleil ardent.

Je dois vous dire que j'étais d'humeur morose. Oscillant entre jeter mon tablier de présidente par dessus les Moulins, pour aller, à la place, une bonne fois pour toutes,  à la fac où, tranquille, j'entreprendrais des études de philosophie ou de psychologie. Plus de bilan déficitaire, tracassier, qui vous faisait  passer dessus des demi-nuits, plus de luttes vaines pour réchauffer les ardeurs des trop tièdes – plus de coups de fils à longueur de matinées – ou d'après-midi, pour remplacer le département marketing dont  je ne disposais pas. Oui, voilà, j'en rêvais. Comme au Graal inaccessible qui allait enfin m'apporter l'apaisement en même temps qu'une gymnastique neuronale agréable et sans soucis !

Et c'est là que  ce  jeune homme disert croisa ma route, à la caisse du Match, quelque temps avant d'entreprendre son rallye. On me demanda poliment et gentiment si j'acceptais qu'on emballe les achats à ma place. C'était pour un rallye, en Afrique, me confia-t-on ! Voilà ! Haussant un sourcil critique, je demandais ce qu''il fallait payer, pour ça. «  On donnait ce qu' on voulait... »  Alors, je me lâchais. Oh, avec un grand sourire...Mais un sourire catégorique.  Un peu féroce, aux commissures ! : J'allais donner, oui ! Mais, attention ! Un tout petit peu. Mais vraiment PEU. Parce que, étant une écolo avec un grand E, je ne pouvais que donner peu – avec un petit P, pour une pollution si énorme. (Heureusement, de l'autre côté de la mer!) J'en profitais pour parler des motards , et de leur pollution avec un grand P - qu'ils essayaient de se faire pardonner - un peu – pas du tout – ou beaucoup – qui sait … en offrant une rose agréablement odorante – pour une bonne cause -  à la place du fameux CO, lequel – lui – n'a aucune mauvaise odeur, et risque juste de vous faire mourir dans un silence ouaté à la place de mourir dans un silence embaumé de relents de diesel. D'ailleurs, j'étais nulle en matière de moteurs, et ignorais totalement si les motards carburaient au diesel ou au super, ou au kérosène.

Sur ce je déposais une pièce de 50 centimes dans la tirelire, en précisant bien qu'elle était grosse, par le diamètre, mais petite, par sa valeur intrinsèque. Et sur ce, je demandais au jeune homme de ne pas placer ma tarte au fond du sac, et il me rétorqua, ravi, qu'il l'avait placée au-dessus, plutôt qu'en-dessous. Ce qui me sembla judicieux. Et lorsqu'il me proposa de conduire le caddy jusqu'à ma voiture, afin de m'éviter de transvaser (avec mes faibles forces) tout ce volume dans le coffre arrière, j'acceptai. Ce jeune cheval trépignant avait besoin de bouger, et tout heureux, conduisit le caddy au pas de course devant ma Ford Fiesta, pendant que son coéquipier nous contemplait, vaguement nostalgique, car lui aussi en avait un peu marre de rester-là, à faire devant la caisse le pied de grue. Même au prix d'une tirelire qui se remplissait au pas de charge.

Au volant de ma nouvelle Ford – laquelle avait avantageusement remplacé ma 106 dont le train arrière allait me jouer un joli tour un de ces quatre matins – selon le contrôle technique du moins – je me mis à rêver aux motards, et à leur rose odorante. Leur faire un peu de pub peut-être, dans un éditorial, pourquoi pas ? Je devais espérer qu'aucun syndicat n'allait me prendre en grippe, que l'on ne m'enverrait pas un mini-cercueil, par la poste, à la place de la rose, dont j'avais peut-être effleuré les pétales fragiles   avec un certain manque d'égards, et qu'aucun puissant lobbing n'allait inciter de pétaradants motards à venir manifester devant ma porte. Encore que – ma nature – en apparence très ouverte – mais par derrière plutôt secrète – aspirais peut-être bien – en cachette – à un bon prétexte pour jeter – enfin – son bonnet par-dessus les moulins – afin d'aller se reposer – en enrichissant ses neurones – à l'université, pour y étudier – un peu mieux – enfin -  la philosophie – ou la psychologie !


     La Présidente de Cancer-Espoir
     Simone Schlitter

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