Éditorial de Novembre 2016

UN MOIS SANS TABAC !? Super facile ou totalement illusoire ?

Pendant de longues années, me croyant indépendante, lucide, j'avais vécu en aveugle. J'avais établi une théorie comme quoi de jeunes enfants, vivant en pleine ville, dans un 2 pièces-cuisine trop petit, ne pouvaient point, des mois durant, conserver une bonne santé, compte tenu des gaz d'échappement, et autres vapeurs délétères concentrés à l'extérieur, et d'une surpopulation, à l'intérieur. Aussi étais-je parvenue, en jouant des pieds, des mains, et de mon cortex, à trouver pour abriter mon petit monde un logement spacieux, à la presque campagne.

 

Les enfants stoppèrent leur rhume chronique et j'en conclus que la ville ne valait rien et que le secret du bonheur consistait à vivre au bon air de la quasi-campagne.

Ce n'était pas si faux...Toutefois un biais gros comme un camion s'était glissé dans mes statistiques. Je n'avais pas correctement rédigé les données du problème, qui était le suivant :

« Etant donné que dans un 2 pièces-cuisine exigu, occupé par 3 jeunes enfants, dont les parents sont fumeurs tous les deux, lesquels parents invitent régulièrement copains-copines-fumeurs-fumeuses également, il n'y a pas d'apport d'oxygène suffisant, ni d'évacuation suffisante du monoxyde de carbone – il est évident que dans un logement 4 fois plus grand, où copains-copines – vu l'éloignement – seront contraints d'espacer leurs visites, il y aura au moins quatre fois plus de chances de rester en bonne santé, que ce soit à la ville ou à la campagne !

 

Et si la maman s'abstient carrément de cigarettes, au lieu de bercer le bébé pendant qu'elle rejette au loin cette détestable fumée, toute imprégnée du sentiment de protection qu'elle confère à son bébé en projetant...loin...au lieu de près...les vapeurs nocives, ce serait certes plus simple et encore beaucoup plus sain – seulement voilà, l'idée n'en était jamais venue encore à cette maman, réellement désireuse de faire un max pour ses petits. Cette maman, c'était moi. Mon père, grand fumeur et grand séducteur en-même temps, avait, par son double exemple, contribué à la certitude qui m'imprégnait : un fumeur pouvait mourir de tout, sauf du tabac. Le reste était simplement de l'hébreu. Des bla-blas de bonne femme à l'esprit étriqué. Des discours de médecins désireux d'asseoir davantage une autorité un peu trébuchante. Des gens qui aimaient vous donner des complexes !

 

Ne voyait-on pas, d'ailleurs, des bonhommes de 90 ans, et plus, qui avaient fumé toute leur vie, et qui pouvaient encore se comparer à certains jeunes, l'oeil alerte !?

 

Mon époux, devenu raisonnable bien avant que je ne m'avise de cette nécessité, me disait parfois :! »je ne supporte plus cette odeur »...Bien contrariants, les bonhommes. C'est vrai, l'odeur n'était pas ce qu'on peut appeler délicate, suave, fraiche...J'admets que, parfois, elle m'écoeurait moi-même. Franchement dit, parfois, « ça puait le goudron »...Ecoeurée, j'écrasais le pas-encore-mégot. Vite, j'en rallumais une, dans l'espoir « qu'elle pue un peu moins ». Les dernières années, les cigarettes se mirent à puer, de plus en plus, dans ma bouche, mon nez, et mes rideaux. Un jour où j'en eus particulièrement marre d'éteindre les demi-mégots pour rallumer aussi vite, par derrière, des cigarettes qui n'avaient d'autres avantages que de puer de plus en plus - me permettant, juste, en passant, de percevoir le doux et feutré cliquetis de mon briquet, ou l'agréable petit bruit du soufre de l'allumette, s'évaporant dans une gerbe enflammée, annonciatrice de futurs délices de plus en plus mensongers, je décidai, une énième fois, de stopper le délire !

 

J'y parvins mal, mais beaucoup mieux que les autres fois. Un ami de la famille, entre temps, venait régulièrement nous voir. Il disait d'une petite voix douce, un peu fier de ne pas encore être mort : « j'ai le cancer, vous savez ». Cette phrase me résonnait de plus en plus dans les oreilles pendant que, farouchement, j'écrasais au sol mes demi-mégots, aussi vite remplacés par d'autres, aussi vite écrasés sous ma semelle.

Jusqu'au jour où...il n'y eut plus de mégots. Plus du tout, et plus jamais.

Conclusion !? : Cet ami n'avait pas eu de chance. Et moi, j'avais eu de la chance...Il n'y a rien d'autre à conclure...

 

On pourrait dire aussi : « provoquez votre chance »...

 

Dans le temps, on disait : « serments d'ivrogne ». Les serments que font les fumeurs sont-ils si différents !? Y croire !? Certes non ! Par contre, croire à la chance, oui ! J'y crois...et il FAUT y croire !

 

Mon père eut-il de la chance !? Oui. Jusqu'à l'âge de 70 ans. Mais pas pour les 10 dernières années de sa vie. Ses poumons, las de lutter, se ratatinèrent, figés dans l'enveloppe fibreuse d'un emphysème coriace. J'avais stoppé quelques années auparavant. Quand je le vis, gisant, branché sur son respirateur, un tuyau pénétrant dans sa gorge par un trou aux bords rougis, juste en-dessous de la pomme d'Adam, je sus que ce souvenir, à lui seul, suffirait à me faire renoncer pour toujours à la fréquentation de cette fée pernicieuse : « la fée Cigarette » ! De laquelle je m'étais guérie, par chance, déjà, quelques années avant. 

Commentaires (2)

andré
  • 1. andré | 03/11/2016
La cigarette ne tue pas que les grands fumeurs. Par contre, elle est à l'origine de nombreux dommages collatéraux. Un membre de ma famille souffrant d'asthme et d'emphysème est allé consulter un spécialiste qui , après avoir radiographié ses poumons, lui dit : << Monsieur vous êtes un grand fumeur ; vos poumons sont jaunis par le tabac>> . En fait ce grand fumeur n'avait jamais fumé une cigarette dans sa vie .Par contre il avait travaillé dans un bureau et, pendant vingt ans il avait inhalé la fumée de cigarette d'un collègue fumant un paquet de cigarettes par jour . A cette époque il n'était pas interdit de fumer sur un lieu de travail. Cette personne est décédée à 75 ans des suites de sa maladie alors que le fumeur invétéré est encore en vie aujourd'hui à plus de 90 ans.
La morale de l'histoire est qu'il vaut mieux être fumeur qu'enfumé.

ANDRE
Cristina Bastos
  • 2. Cristina Bastos | 01/11/2016
La lutte contre le tabac constitue un vrai parcours du combattant. De nombreuses personnes désirent arrêter de fumer mais n'y arrivent pas à cause de leur dépendance à la nicotine, et beaucoup s'y accrochent avec plaisir pensant qu'elle apaise le stress et atténue les problèmes. Cependant, on sait tous les dangers que génère le tabagisme ainsi que les conséquences nocives qu'il entraîne. Voilà pourquoi, quand une personne décide d'arrêter, il convient de la soutenir au maximum pour qu'elle arrive au bout de sa lutte.
Je ne fume pas, mais voici mon encouragement à tous ce qui désirent d'arrêter!

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