Médecin et malade en recherche (après une 3è lecture)

Par Dr Gérard Léonard

 

Livre dr le onard page de couverture

 

C'est un livre d'information, essentiellement . Pas question de rechercher ici des effets de style, tant appréciés de votre servante.

 

J'ai néanmoins lu et relu ce livre pour son intérêt sociétal, et sa vision très saine du monde.On pourra d'ailleurs trouver, avant fin Octobre 2017, je pense, la publication de l'ITW concernant le Dr Léonard et son livre sur notre site, clairement annoncé.

 

Reprendre connaissance des principales étapes des progrès que fit la médecine, depuis...avant Hippocrate, jusqu'à nos jours, ces progrès exposés d'une façon simple, en évitant les énumérations fastidieuses et dissuasives, et en soulignant la logique des choses, et le rapport avec l'avancement des sciences et des techniques, fut pour moi un plaisir...J'ai senti d'emblée que le Docteur adorait l'étude du devenir des sociétés – ce que l'on nomme « l'histoire ».Il obtint d'ailleurs le prix d'histoire de l'Académie Nationale de Metz pour son livre Histoire de l'hôpital Ste Blandine de Metz.

 

Mon plaisir - teinté d'un peu de honte d'avoir retenu cette « histoire de la médecine » -  si mal - depuis le collège. Le Dr Léonard est un véritable érudit, qui aurait pu, facilement, disposer d'une chaire pour y enseigner l'histoire, s'il n'avait pas préféré être médecin de campagne à Courcelles-Chaussy !

 

Sur les routes, par tous les temps, de jour et souvent de nuit, et sans du tout s'en plaindre, il évoque le beau rôle humain de « l'ancien médecin de campagne » . Au travers, parfois, d'anecdotes...savoureuses ! Et il souligne que de nos jours, il y a quand même quelque chose qui manque  trop souvent: le vrai dialogue médecin-patient. Le titre choisi ne l'est pas par hasard, c'est bien volontairement que malade et médecin sont considérés au singulier – dans une relation...intime !

La relation malade-médecin-maladie y est mise en opposition à la relation maladie-médecin-malade.

Le malade EST ou DOIT être l'élément PREMIER– et non pas LA MALADIE d'abord !! J'ai trouvé cette idée formidable. C'est inspirée par elle que j'ai acheté ce livre. Trop souvent – et c'est  une estimation personnelle que je revendique ici – le malade est considéré comme un objet et c'est SA MALADIE ; juste elle,  qui importe à un trop grand nombre de spécialistes.

 

Mais la nostalgie cède vite la place à une recherche constructive : les maisons médicales pour palier à la désertification progressive des médecins, dans nos campagnes, il y croit, et nous cite des exemples.On souhaite que l'avenir lui donne raison ! En particulieril prône des hôpitaux dans les centres ville, pour les urgences « vraies et fausses », hôpitaux qui feraient office de centre de tri, ce qui permettrait un traitement beaucoup plus rapide et efficace. Il pense en particulier à Metz, où l'espoir semble exister pour une réalisation de ce type qu'il préconise, et soutient activement.

 

 Il analyse finement la psychologie humaine. La formation continue des médecins, il déplore qu'elle n'ait guère fait de progrès. Pourtant, l'état avait promis...mais les médecins généralistes sont abandonnés à leur propre bon vouloir, et à leur temps disponible, forcément limité. Par-ci, par-là, ils réussissent à former de petits groupes permettant de comparer leurs méthodes, de progresser, d'échanger, et même parfois avec des spécialistes. Mais les initiatives sont ponctuelles, et guère soutenues dans leur mise en œuvre, malgré les promesses de l'état !

 

Le bilan de la formation des médecins généralistes, actuellement, est estimé bien négatif : 85 % échouent la 1è année, alors qu'un 1er tri à cette année commune à différentes formations médicales (médecin – kiné – orthophoniste – dentiste, etc.) gagnerait énormément à être introduite, ce qui permettrait aux moins doués ou inspirés de ne pas perdre un an, et de s'orienter vers autre chose, plutôt que d'être débarqués, fatalement, en fin d'année, sans rien en poche que de l'amertume. Ensuite, aucune étude de psychologie sérieuse envisagée à la fac, alors que le malade, avant que d'avoir besoin de médicaments, a besoin d'empathie ! C'est ce qui fait la place belle à toutes sortes de médecines parallèles, dont certaines sont sûrement bénéfiques, mais parfois aussi vont empêcher  le malade très atteint (cancer grave p.ex.), de se soigner plus classiquement, grâce à un protocole avéré ! Le docteur dit textuellement que c'est la faute de beaucoup de médecins si on en est là à l'heure actuelle : pas assez d'écoute du malade.

A l'hôpital, les apprentis-médecins sont formés par des spécialistes en leur matière propre, donc pas dans la difficile discipline de médecin-généraliste. Depuis peu, la médecine générale est classée en spécialité, avec une année de médecine supplémentaire. Et des professeurs généralistes, ce qui est un progrès !

En matière de médicaments : la moitié suffirait, selon lui.

En matière de formation aux médicaments, elle est essentiellement réalisée par les visiteurs médicaux, commissionnés et payés par les laboratoires.Ceux-ci sont conditionnés pour inciter à la vente, d'une façon forcément orientée vers le meilleur profit, et de ce fait juges et parties. Le généraliste, à la tâche bien plus complexe et difficile que celle du spécialiste, doit se dépatouiller avec un Vidal sur lequel les effets secondaires s'ajoutent, les uns aux autres, en formant une longue liste, un peu à la limite du visible.

L'ordre des médecins, pourtant, donne les bons conseils, et montre la bonne direction. Qui est vraiment en mesure de l'appliquer, aujourd'hui , parmi les généralistes?

 

Une question me vient à l'esprit : « quel généraliste peut se payer le luxe de consacrer à son patient 45 minutes !? Pour faire le tour de tous les problèmes possibles, médicaux ET HUMAINS !?

Surtout lorsque le patient est inconnu, ou souffre de graves problèmes !? Comment s'étonner alors que la patientèle aille pleurer dans le giron de thérapeutes de médecines parallèles, qui vont faire payer leurs prestations au prix fort -non remboursé – mais accompagnées du temps qu'il faut pour que l'angoisse du patient s'apaise !? » Je ne fais que trans^poser ici en d'autres mots la conception du docteur !

Je ne saurais énumérer, en fait, dans sa totalité, la richesse d'information de ce livre que je conseille à tous de lire...deux fois : et encore – vous n'aurez pas tout assimilé, vous n'aurez pas su en exploiter toute la richesse d'un coup ! Il convient de le laisser à portée de main, à l'ouvrir, en lire un chapitre – le savourer – et y réfléchir...

 

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