Monstre, par Gérard Depardieu

Aux Editions Le Cherche Midi

Monstre

On ne peut s'empêcher de se poser la question : Nouveau défit de ce monstre sacré de faire un parallèle entre ce potier du Berry qui de temps à autre, à la place de ses assiettes, réalisait un monstre en terre cuite, pour se libérer du monstre intérieur, ainsi qu'il aimait le prôner - et lui-même, Depardieu, ce monstre sacré, qui se libère comme il respire ? Je suis resté scotchée, toute une soirée, et la matinée qui suivit, devant ce virtuose du tout savoir dire, et surtout faire sentir, en si peu de mots, et si bien placés !

 

Je reste sidérée ! Et je lui pardonne d'être parti placer ses sous en Russie  (ou ailleurs), et de clamer haut et fort sa liberté d'agir. Juste une certaine chose avec laquelle je ne suis pas d'accord. Je le dis de suite. Après je n'aurai plus rien à faire d'autre qu'à savourer (et proclamer) l'énormité de la poésie qui se dégage de ce bonhomme, mi-Dieu, mi-monstre, et mon immense approbation en face de son parti-pris de condamner plein de choses : louches, sales, connes et hypocrites, à l'instar de beaucoup qui le pensent tout bas, mais ont peur de le dire tout haut (rôle fâcheux et colonisateur des médias – monde frelaté – jeunesse guidée vers l'abîme – le naturel qui s'en va au galop – étouffant monde de l'informatique …)

 

Donc, Gérard Depardieu, tout au long de ce livre...fascinant (plus j'en relis les pages, et plus je le suis, fascinée...), tout au long de ce livre, vous clamez votre liberté d'être. Et comme je vous comprends. La liberté, c'est peut-être bien la première définition du bonheur. Tout votre livre n'est qu'un long cri, pathétique, pour affirmer cette liberté d'être. Par  rapport à une société pervertie et oppressante. Et c'est vrai qu'elle l'est.

Mais personne n'est vraiment libre. Tout le monde dépend de tout le monde. C'est ça l'ennui. Le clodo qui n'a plus un sou est libre de coucher sous les ponts ou plutôt sur un tapis de feuilles – humides – en forêt – dans la mesure où sa carcasse va lui permettre le déplacement – et le riche est libre de choisir un hôtel 5 étoiles, ou le clair de lune au Sahara, dans la mesure où sa carcasse lui permettra de se rendre au Sahara pour y dormir au clair de lune. Tous les deux sont certes libres de maudire la société – et souvent à juste raison, hélas – mais le clodo va la maudire dans le silence isolé de la nuit, juste quelques corneilles vont lui faire écho – si tout va bien - alors que le riche va

pouvoir se permettre de la maudire en milliers, voire millions d'exemplaires.

 

Par là, Mr Depardieu, je veux juste montrer que la satisfaction que l'on peut éprouver à clamer sa liberté, à l'affirmer, risque tout de même d'être proportionnelle à la hauteur de ton des clameurs et de leur écho – et que celle-ci, si elle dépend de nos cordes vocales – et de notre dynamisme - donc de nos gènes – donc d'une hérédité qui fait que l'on est «  comme on est », elle dépend aussi « des gros sous » - donc, souvent, des parents – souvent de l'entregent – souvent du sens de la débrouille – parfois d'un manque de scrupules – et toujours de dame La Chance.

 

Après ces « sages paroles », je vais prendre la liberté, pour tout le reste, d'approuver, sans plus de réserve, avec ferveur, tout, mais absolument tout : « Que vous vous branliez, pour pouvoir dormir plus librement » (« comme Houllebecq », p.147) – que les mots, par eux-mêmes – ne comptent que pour les silences qui sont placés entre – que certains acteurs sacrifient – à tort – les silences – pour placer les mots – que les Américains n'ont pas de culture – veulent diriger le monde – et que leur image de libérateurs, en 1945 – est truquée – car c'est Staline qui a affaibli le Reich, et non les Américains - lesquels se sont contentés de récolter des lauriers qu'ils n'avaient pas pris la peine de semer – et ceci par opportunisme. Que les intellectuels sont des gens « qui bandent avec leur cerveau »...

 

Que « la volonté vous emmerde ». Que « ce n'est qu'une question de désir ». Oui - bien sûr : que n'entend-t-on dire, prôné sur toutes les notes de la gamme,  de « la volonté ». Et cela ne veut rien dire du tout – donc – effectivement – c'est un mot qui emmerde plutôt qu'il ne résoud – car il s'agit juste de l'impulsion créée par le désir : plus celui-ci est fort – plus l'impulsion sera en conséquence – et sans désir – la volonté est un vain mot que plein de gens manient et brandissent, sans savoir au juste ce qu'ils prônent !

Dans le cadre d'un traumatisme : « Le passé, c'est un bagage qui vous scie l'épaule ». Quelques pages plus loin :

« Il ne s'agit pas d'oublier son passé .

De toute façon, il est là, et on ne peut rien y faire.

Mais trop vivre son passé, c'est un peu comme être pris dans un désert brûlant.

Si on s'y arrête, on crame. »

 

Oui. Je ne cherche pas d'autres mots. C'est exactement ça !...

Beaucoup plus loin – car votre livre peut s'ouvrir à n'importe quelle page- tout ce que vous dites y reste accessible, à tous moments. C' est vrai – à tout moment – beaucoup plus loin, donc , à propos des enfants :

« ça ne sert à rien de se poser la question de la transmission, elle est insoluble. »

Et encore un peu plus loin :

« Je ne crois pas au passage du relai, même avec ses propres enfants »

C'est exactement ça. Moi non plus, je n'y crois pas. Surtout avec ses propres enfants. Ce sont les médias, maintenant, qui font le relai. Celui de l'inculture.

 

Bon, il faut que je résiste à la tentation de reprendre votre recueil phrases par phrase. Le bon sens y cotoie le poétique, tout le temps. Ce fut un plaisir. Et ce le restera. Chaque fois que je souhaiterai me détendre un peu. Entre deux manip sur l'ordinateur (que vous détestez, à l'instar d'internet et de Facebook... J'ai perso consacré un certain temps avant que de savoir tirer le meilleur parti, d'internet, et rejeter le reste - Quant à Facebook, je n'ai pas encore eu le courage de l'expérimenter sérieusement...)

 

Et je vais en rester-là. Non pas que votre poésie ait cessé de me charmer.

 Au contraire. Je vais juste laisser aux lecteurs, à présent, le soin de la découvrir par eux-mêmes.

 

P.S. :

Tout de même, Mr Depardieu, ce n'est pas raisonnable d'avoir fait pipi devant tout le monde, dans l'avion. Vous auriez mieux fait d'enfoncer la porte derrière laquelle un inconscient probablement s'était endormi sur le siège, en bloquant la place. Ou bien ne pas boire autant avant de partir !

C'est égal, mais le besoin impérieux nécessitait de se soulager ! Depuis qu'un radiologue, un peu vicieux, et  surtout très pressé, m'a injecté un diurétique puissant afin que ma vessie accepte enfin, avant l'échographie, de se gonfler comme il se doit pour la circonstance, j'ai compris que « rien ne sert de se trémousser, il faut uriner à point ! »

 

Il resterait encore tant de choses devant lesquelles s'arrêter, songeur : votre conception du voyage antitouristique et sans bagage (bravo!) - « respirer l'âme des autres »

 

Et vous détestez les politiques...Ah, moi aussi. En général. Pour les acteurs, le théâtre, c'est leur vie. Mais pour les politiques, leur vie est un théâtre ! Macron ? Une exception ! C'est Jupiter, vous l'avez dit ! Les Dieux, on les aime. D'ailleurs, sa femme l'a dit : »Il se prend pour Jésus Christ » ! 

Ajouter un commentaire